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Il y a 40 ans : les Verts perdaient à Anfield 
Source :  Site Poteaux Carrés

Jeudi 16 mars  2017

L'Equipe du jour revient longuement sur le mythique match des Verts à Anfield Road. Extraits.

 "Le matin du match, vers 10 heures, les Reds effectuent une mise en place sur la pelouse d'Anfield. Ils entendent à cette occasion les chants de plusieurs milliers de fans qui sont déjà réunis autour de l'enceinte, pour être certains de pouvoir assister à la rencontre. «Puis nous sommes allés prendre une collation dans un hôtel du centre-ville, et on a fait une sieste, raconte Fairclough. Le coup d'envoi était prévu à 19 h 30, donc on avait pas mal de temps pour se reposer, mais on a dû quitter l'hôtel plus tôt que prévu, car des rumeurs annonçaient que notre car aurait du mal à approcher Anfield, tellement il y avait de monde.... Et effectivement, toutes les rues proches du stade était bondées, c'était impressionnant.» Un peu après 18 heures, le club fait fermer les tourniquets, craignant que le stade soit en surcapacité. Des fans parviennent malgré tout à pénétrer ensuite dans l'enceinte par une porte défectueuse, ce qui tend à faire penser que l'affluence officielle de la rencontre (55 000 personnes) est largement sous-estimée.

 Pour avoir une idée de la ferveur qui a régné ce soir-là, on peut regarder la retransmission du match proposée par TF1. Une vidéo durant laquelle les voix des commentateurs de l'époque, Pierre Cangioni et Jean Raynal, sont souvent couvertes par le vacarme causé par les supporters des Reds. On les entend entonner leur traditionnel You'll Never Walk Alone, mais aussi des airs dédiés à des joueurs, tel «Kevin Walks on the Water» (1) pour Keegan. Et, surprise, des « Allez les Verts » sont également perceptibles, car près de 8 000 passionnés de Saint-Étienne avaient fait le déplacement. «C'était une vraie surprise qu'ils soient aussi nombreux et aussi voyants, avec leurs maillots verts, témoigne Nicky Allt, un auteur de théâtre amoureux des Reds, âgé de seize ans en 1977. Dans ce temps-là, les rares supporters adverses qui s'aventuraient à Anfield se faisaient plutôt discrets... » À plusieurs reprises, les fans de Liverpool doivent redoubler d'efforts pour couvrir les encouragements des Stéphanois. «En réaction, on a même fini par chanter en français "Allez les Rouges !"» se marre Allt.

 Pour Jean-Michel Larqué et ses coéquipiers, ce boucan devait être d'autant plus impressionnant que le public était très proche d'eux. Plus étonnant encore, des gamins suivent le match assis en tailleur au bord de la pelouse. À la 80e minute, des bobbies tentent de les disperser pour que l'ailier Steve Heighway puisse tirer un corner... Les images du match révèlent aussi à quel point, ce soir-là, le Kop était incandescent. Dans cette fameuse tribune, plus de 20 000 personnes debout s'étaient massées pour former une marée humaine bruyante et indistincte, d'où émergeaient des vagues de drapeaux rouges. Et lorsque, à la 84e, soit dix minutes après son entrée en jeu, Fairclough a marqué le but qui offrait la qualification aux Reds, le Kop, installé derrière les buts de Curkovic, est littéralement entré en fusion. La légende raconte que les hurlements de joie qui s'en échappèrent furent entendues trois miles à la ronde et qu'ils firent trembler Anfield.

 «Au moment de ce but, j'ai eu le réflexe de ne plus regarder le terrain, mais d'observer les réactions autour de moi¸ se remémore Rogan Taylor. Et là, j'ai vu des visages déformés par l'émotion, qui m'ont rappelé certaines peintures de Jérôme Bosch. Si j'avais vu ces visages dans un autre contexte, j'aurais pu croire qu'ils exprimaient de la souffrance, tellement la passion qu'ils reflétaient était extrême...» Cette folie furieuse n'a pas été sans conséquence. L'Équipe relate qu'un supporter est décédé en tribunes d'une crise cardiaque, et que 88 spectateurs ont été blessés pendant la rencontre. Un bilan démenti avec le recul par Stephen Kelly, auteur de l'ouvrage The Kop : «Je suis certain qu'il n'y a pas eu de mort. Mais il est vrai que dans ce genre de rencontres, certains fans perdaient connaissance dans le Kop. Dans ces cas, ils étaient soulevés et transportés à bout de bras par la foule jusqu'en bas de la tribune, où des ambulanciers les attendaient...»

Malgré ces excès, ce quart de finale est entré dans le panthéon du Liverpool FC. «J'ai évolué pendant huit ans à Liverpool et c'est de loin le plus beau match auquel j'aie participé, à cause de l'ambiance, mais aussi parce qu'on était parvenus à battre une fantastique équipe de Saint-Étienne», confie l'ancien attaquant des Reds John Toshack. Voilà pourquoi, quarante ans plus tard, le souvenir de cette rencontre ne s'est pas estompé à Liverpool. Fairclough, qui y vit toujours, continue de participer à des rencontres avec les supporters au cours desquelles il raconte pour la énième fois son but. Reconverti entraîneur, Toshack admet lui qu'il a accepté d'entraîner brièvement (et sans grande réussite) Saint-Étienne, en 2000, parce qu'il est fasciné par ce club depuis 1977."